Ghost of Yōtei est un jeu d’action et d’aventure, développé par Sucker Punch Productions et édité par Sony Interactive Entertainment, sorti le 2 octobre 2025 sur PS5, et fait suite indirectement au titre Ghost of Tsushima et à son DLC Iki Island.

Le jeu se déroule en 1603, au Japon (soit plus de 300 ans après Ghost of Tsushima) et nous suivons l’histoire de Atsu, une jeune Japonaise qui, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, a vu sa famille se faire assassiner sous ses yeux par les Six de Yōtei. Plusieurs années plus tard, Atsu souhaite se venger.

Un nouveau terrain de jeu

Dès les premières minutes de Ghost of Yōtei, le joueur est saisi par la sensation grisante d’une page blanche. Oubliez les sentiers familiers de Tsushima : l’île d’Ezo est une entité nouvelle, sculptée par des forces géologiques et historiques distinctes. Elle n’est pas simplement une carte plus grande ; elle est une mosaïque de vie et de légende qui appelle à l’exploration la plus audacieuse.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la manière dont le monde est découpé. L’approche est résolument différente, s’éloignant de la structure plus classique de son prédécesseur. Yōtei est un archipel de biomes aux ambiances tranchées, chacun possédant sa propre identité visuelle et narrative.

Chaque région est non seulement belle à couper le souffle, mais elle est intrinsèquement liée aux histoires secondaires et aux quêtes. Pourtant, le véritable coup de maître des développeurs réside dans la fluidité de la transition. Il n’y a pas de murs invisibles ou de changements brusques. Le passage des forêts luxuriantes aux contreforts rocheux est subtil, organique, et chaque nouveau paysage donne l’impression d’être l’aboutissement naturel de celui qui le précède, tissant l’île entière en une seule et immense aire de jeu cohérente.

C’est dans cette conception du monde ouvert que Ghost of Yōtei trouve son équilibre parfait, réalisant un savant mélange entre l’héritage de Ghost of Tsushima et l’esprit d’aventure de The Legend of Zelda: Breath of the Wild.

De Tsushima, il garde l’intensité du combat au sabre, la direction artistique poétique — où le vent, les oiseaux et la lumière sont vos seuls guides — et une narration ancrée dans l’honneur et le sacrifice. Mais il emprunte à Breath of the Wild le sens de la liberté absolue et la curiosité de fouiller chaque zone… et d’en être gratifié. Le joueur peut voir une montagne lointaine et se dire : « Je peux y aller. » Les mécaniques d’escalade ont été affinées, l’exploration récompensée par des secrets qui semblent avoir été découverts et non simplement placés. L’île d’Ezo n’attend pas d’être nettoyée zone par zone ; elle implore d’être découverte sur un coup de tête, invitant à l’improvisation et à la curiosité. C’est un terrain de jeu qui respecte l’autonomie du joueur, promettant qu’au-delà de la prochaine colline se trouve toujours quelque chose d’inattendu.

Une direction artistique toujours aussi réussie

Dès les premières minutes passées sur l’île d’Ezo, il est impossible de ne pas être captivé par la direction artistique de Ghost of Yōtei. Fidèle à l’héritage de son prédécesseur, Sucker Punch Productions parvient à sublimer l’esthétique déjà remarquable pour livrer un monde plus beau, plus vivant et plus immersif que jamais.

Les paysages défilent comme des estampes japonaises animées, avec des champs de fleurs sauvages ondoyantes, des forêts de bambous baignées d’une lumière quasi mystique, et des temples enneigés d’une quiétude saisissante. Chaque plan est un tableau, renforçant l’impression de voyager au cœur d’un Japon médiéval idéalisé et respirant. L’attention portée aux détails – qu’il s’agisse du grain de la neige sous les pas d’Atsu ou des reflets changeants sur les rivières – est très appréciable.

Mais l’immersion n’est pas seulement visuelle : elle est aussi auditive.

Tout d’abord, l’utilisation d’un instrument non seulement typiquement Japonais, mais surtout endémique de l’île d’Hokkaidō (anciennement Ezo, où se déroule l’action du jeu), j’ai nommé le Shamisen. Et clairement, le passage de la flûte au Shamisen pour les interludes musicaux in-game est une réussite totale. Bien que, disons-le, les sessions de gameplay qui lui sont dédiées restent parfaitement dispensables, l’instrument est résolument plus rythmé et offre des sonorités plus profondes qui s’intègre avec plus de naturel et d’impact dans les moments de repos ou d’introspection de l’héroïne, offrant une meilleure connexion émotionnelle et un sentiment d’ancrage dans le folklore japonais que ne l’offrait la flûte auparavant. Le Shamisen permet un role play plus évident.

Plus largement, la bande-son, encore plus omniprésente et mémorable que dans Ghost of Tsushima, est un pilier de l’atmosphère. Les mélodies s’intensifient subtilement lors des chevauchées ou des moments d’exploration, avant de monter en puissance avec une charge émotionnelle non négligeable lors des affrontements. Toutefois, si l’on ne devait retenir qu’un thème musical, ce serait le principal joué au Shamisen.

En définitive, la direction artistique de Ghost of Yōtei n’est pas qu’un simple habillage ; elle est le cœur vibrant du jeu, transformant chaque session en une expérience sensorielle qui fonctionne.

Un gameplay amélioré, pas transfiguré

Si l’esthétique de Ghost of Yōtei s’apparente à une continuité magnifiée, le gameplay apporte son lot de changements significatifs qui redéfinissent l’approche du combat et de l’exploration. Le cœur de la formule reste l’affrontement stylisé, mais l’ancienne mécanique des postures est ici revisitée de manière plus organique puisqu’elle réside maintenant dans la gestion de différentes armes. Utiliser le Katana pour des duels précis n’aura rien à voir avec le maniement du nouveau Naginata ou des Kusarigama. Cette approche oblige le joueur à une maîtrise plusieurs armes et à savoir jongler entre chacune. Cet ajout n’est pas inintéressant, mais je dois bien avouer que je préférais personnellement l’approche par posture, plus propre à l’incarnation d’un samurai ou d’un rônin qui maitrise rarement toutes les armes disponibles. Je noterai toutefois que, lors de la diffusion des trailers, j’ai été peu convaincue par l’usage de certaines armes comme le kusarigama. Finalement, manette en main, chaque outil mortel fonctionne très bien.

Au-delà des lames, le jeu enrichit l’exploration et les options tactiques avec l’arrivée d’une nouveauté inattendue : la louve.
En effet, le joueur a dorénavant l’opportunité de développer (ou non) un lien d’affinité avec cet animal sauvage. Créer ce lien n’est pas automatique ; cela nécessite du temps et des actions spécifiques. Si vous choisissez de cultiver la relation, la louve ne sera pas qu’un simple ajout cosmétique. Elle pourra vous rendre service en combat ou en exploration. Aussi, elle pourra – de façon assez aléatoire – venir vous sauver in extremis d’une mort certaine, ce qui (n’hésitons pas à le dire) fait toujours plaisir.

Une pleïade de personnages

Le cœur de la narration de Ghost of Yōtei repose sur son héroïne principale, Atsu. Loin d’être un parangon de vertu monolithique, elle est dépeinte comme un personnage profondément humain et réaliste, affichant à la fois des qualités et des faiblesses crédibles.

Ce qui est intéressant ici, c’est l’équilibre trouvé par les scénaristes : l’arc d’Atsu, bien que centré sur une quête de vengeance (un thème classique, potentiellement comparé à des titres comme Assassin’s Creed: Shadows), n’est jamais fastidieux. Ses choix, même discutables, sont acceptés et compris par le joueur. Elle est le pont idéal entre un personnage doté d’un solide background et l’avatar discret, mais nécessaire à l’immersion complète du joueur dans le récit.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Ils sont variés et participent activement à l’évolution du scénario, apportant même leur lot de rebondissements bienvenus qui empêchent l’intrigue de s’enliser dans trop de prévisibilité (parce qu’il y en a quand même un peu).

Seul bémol, d’ordre technique : Si les performances narratives sont là, on regrettera en revanche un aspect technique daté concernant l’animation des PNJ. Ces derniers affichent des animations rigides et manquent cruellement de vie, contrastant fortement avec les mouvements fluides du personnage principal et le dynamisme du monde. C’est un point faible qui trahit une « technique à l’ancienne » qui nuit à l’immersion. C’est dommage, car l’univers semble plus faire la part belle aux paysages, à la profondeur de champ, aux multiples petites animations qui rendent les décors vivants, qu’aux humains qui le composent.

Mon avis sur Ghost of Yōtei

Ghost of Yōtei n’est pas encore le jeu parfait, mais il s’en rapproche beaucoup. Solide sur ses appuis, la licence s’améliore et offre aux joueurs une expérience qui pousse d’un cran presque chaque curseur. S’il n’est pas encore le jeu parfait, il est ce qui s’en rapproche le plus – aux côtés d’un Sekiro: Shadows Die Twice – pour qui souhaiterait s’oublier quelques heures dans le Japon du XVIIème siècle.

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