Suzume, dernier film de Makoto Shinkai, est le bijou d’animation japonais de l’année 2023. Nous n’avions pas consacré d’article à son sujet, mais nous ne pouvions pas débuter 2024 sans en parler sur Katsuuu.

On ne présente plus Makoto Shinkai : depuis Your Name, ce réalisateur japonais de 50 ans s’affirme dans le paysage des films d’animation aux côtés des plus grands. Certains diraient même qu’il incarne la relève des studios Ghibli, avec un traitement plus moderne, une palette de couleurs plus saturée et des thématiques plus contemporaines.

Suzume raconte l’histoire de son héroïne éponyme : une jeune fille de 17 ans qui vit chez sa tante depuis plus d’une dizaine d’années, après un tremblement de terre destructeur. Un matin, elle croise Sōta, un jeune homme mystérieux qui lui demande où se trouvent les ruines les plus proches. Suzume est alors entraînée dans une intrigue ésotérique, portée par un chat qui parle et une chaise à 3 pieds.

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Le voyage initiatique

Comme dans de très nombreux films japonais, le voyage initiatique est au cœur du récit, au sens propre comme au sens figuré. Dans une ambiance de road-movie, Suzume évolue à travers sa psyché et ses émotions, en nous offrant une expérience cinématographique captivante. Pour le plus grand plaisir des spectateurs, le film trace un itinéraire de Kyūshū à Kyoto, en passant par Kobe. On salue, attendris, le clin d’œil plein de justesse de Makoto Shinkai lorsque Suzume dépasse le Mont Fuji qu’elle voulait tant apercevoir, en se remémorant nos souvenirs de voyageurs ébahis et surexcités à l’idée d’apercevoir la célèbre montagne depuis le train.

Son périple est parsemé de rencontres, toutes aussi authentiques et sincères les unes que les autres. Nous découvrons des personnages traités avec une réelle épaisseur, chacun distillant quelques détails de sa vie : l’histoire d’amour de Chika, les difficultés rencontrées par Rumi, maman de 2 jeunes enfants et gérante d’un bar au cœur de Kobe et Tomoya, ami fidèle et tendre de Sōta qui s’agace de son échec à l’examen pour devenir professeur.

Ce voyage, couplé à la quête de soi, est également vécu par d’autres personnages : Sōta, présenté comme un jeune homme élevé par son grand-père, qui jongle entre ses deux rôles (étudiant et verrouilleur), craignant la mort. Son origine et son histoire familiale ne sont pas précisées et laissent aux spectateurs le choix de l’interprétation (peut-être que le jeune garçon a également perdu ses parents dans un tremblement de terre).

La tante de Suzume, Tamaki, embarque elle aussi dans ce voyage, contre son gré, qu’elle vit en symétrie avec sa nièce. Là où l’une prend son indépendance, l’autre doit accepter de lâcher prise. Tamaki, personnage touchant, se débat entre deux mondes : accepter la maternité qui lui a été imposée et vivre sa propre vie de femme.

 

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La nature

Tout comme le topos de la quête de soi, celui de la nature occupe une place centrale dans le récit de Suzume.

En effet, il n’y a pas d’opposant dans Suzume autre que la nature et ses répercussions. Makoto Shinkai s’empare d’un traumatisme fortement ancré dans la mémoire collective japonaise : celle du tremblement de terre. Non sans rappeler le séisme meurtrier de 2011 qui a conduit à la catastrophe de Fukushima (ou encore celui de 2024), c’est ici tout le Japon qui semble avoir été meurtri par une catastrophe sismique survenue 12 ans auparavant.

Le réalisateur choisit de symboliser le tremblement de terre par un géant ver de terre rouge qui s’échappe du monde éternel par chaque porte ouverte. Une fois sorti, le ver géant menace de tomber sur les Japonais et de créer d’innombrables dégâts. Menace tragique confirmée par Daijin : « Les gens vont mourir », qui renferme tout l’enjeu du film. Parce qu’il est difficile d’en vouloir à la nature, les émotions créées par les scènes où les personnages entendent les souvenirs des Japonais qui vivaient dans les zones détruites par les séismes sont d’autant plus intenses. En donnant aux séismes les traits du ver, Makoto Shinkai permet, grâce au personnage de Suzume, de cristalliser l’incompréhension, la tristesse et la rage autour de cette catastrophe.

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Mon avis sur Suzume de Makoto Shinkai

Après Your Name, Makoto Shinkai continue sur sa lancée du chef-d’oeuvre. Les deux heures que durent le film ne laissent aucunement place à la lassitude ou à l’ennui ; le spectateur est pris dans l’histoire du début à la fin, grâce à des personnages extrêmement attachants, une animation magistrale et une bande originale (Radwimps et Kazuma Jinnouchi) qui nous offre une large palette d’émotions.

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