ZOOM – Sonic, icône maltraitée du jeu vidéo

Brisons tout de suite la glace ! Si mon tout premier jeu vidéo était Pokémon Rouge sur Gameboy, mon premier jeu sur console de salon n’était autre que… Sonic. Ce qui explique probablement mon attachement tout particulier à ce personnage haut en couleur et en fun.

Avant tout, puisque l’on va parler du hérisson bleu, il s’agit évidemment de parler de la série de jeux vidéo à l’effigie du personnage, du personnage lui-même – réelle icône de tout un pan de la pop culture japonaise – mais aussi de tout l’univers SEGA qui gravite autour.
Car oui, Sonic, c’est avant tout une marque commerciale qui aura vu passer sous son nom des jeux vidéo, des comics, des dessins animés, des mangas, un jeu de société, des magazines, des romans et nouvelles, des films et nombre de produits dérivés.

Sonic, l’origine d’une nouvelle marque

Nous sommes dans les années 90. Nintendo vient de sortir Super Mario World et réalise un carton. La firme nippone concurrente SEGA, cherche alors à se doter d’une mascotte qui pourra elle aussi, permettre à son entreprise de briller. Il faut savoir qu’au Japon, le rapport entre société et mascotte fonctionne vraiment bien, et même dans les années 2010-2020, il n’est pas rare d’avoir des mascottes d’entreprises, ce qui est de plus en plus abandonné de notre côté de l’hémisphère.

Ainsi, SEGA missionne les designers Naoto Ōshima, Hirokazu Yasuhara et le programmeur Yuji Naka (entre autres évidemment) pour trouver un nouveau personnage. Alors que Mario donne l’impression d’être un gentil plombier cherchant à tout prix à sauver sa princesse, SEGA veut proposer un personnage différent. C’est ainsi que naît Sonic, le 23 juin 1991 avec le tout premier jeu : Sonic The Hedgehog sorti sur Mega Drive. Que de souvenirs…

Si initialement, il devait s’agir d’un lapin attrapant des objets avec ses oreilles, l’animal est finalement remplacé par un hérisson à la vitesse impressionnante. Bien évidemment, si les lapins sont naturellement très rapides, il est plus drôle d’imaginer un hérisson aller vite. Cet aspect WTF à souhait, très japonais, pousse alors SEGA à favoriser cette option. Sonic est un personnage rapide, fun, qui ne se prend pas la tête, à la limite de l’impertinence.

L’âge d’or de Sonic, ses nouveaux compagnons

Sorti en 1991, Sonic the Hedgehog introduit un gameplay simple, mais ultra efficace basé sur la vitesse, et sur un personnage visuellement réussi aux pouvoirs super cool (dash, roulades et accélérations). Il véhicule, qui plus est, un message autour de la nature très avant-gardiste puisqu’il s’agit de libérer des animaux, emprisonnés par un savant fou : le Doctor Robotnik, aussi appelé Dr. Eggman. La sauce prend immédiatement, le jeu est une réussite. À tel point que l’année suivante, en 1992, sort Sonic the Hedgehog 2 sur Master System, Game Gear et Mega Drive. Il s’agit d’une date importante puisqu’à l’instar de Batman avec Robin, Sonic a enfin son sidekick : Tails, le renard à deux queues. Sympathique à souhait et annonciateur de renouveau dans le gameplay grâce à sa capacité à voler sur une courte durée, Tails est rapidement le bienvenu. Arrive alors Sonic CD introduisant un des antagonistes les plus chouettes : Metal Sonic.

Et comme chaque nouveau titre avait pris l’habitude de présenter un nouveau personnage, pour Sonic the Hedgehog 3 en 1994, c’est Knuckles, l’échidné. D’abord vu comme un ennemi, Knuckles est un personnage stylé qui fait immédiatement mouche. S’ensuit alors la même année le titre Sonic & Knuckles, toujours sur Mega Drive. En l’espace de quatre ans, notre petit héros aura donc reçu pas moins de six jeux en comptant STH 1, 2, 3, Sonic CD, Sonic the Hedgehog Chaos et Sonic & Knuckles.

Arrivent alors d’autres titres comme Sonic the Hedgehog: Triple Trouble sorti sur Game Gear toujours en 1994 puis Sonic Blast sur la même console en 1996. Cette même année sort un titre qui va tout changer : Sonic 3D Flickies’ Island sur Mega Drive, Saturn et PC. Bien que le titre ne soit clairement pas le meilleur, il annonce une toute nouvelle ère : celle de la 3D. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le hérisson n’a pas toujours embrassé la 3D avec facilité…

Un passage à la 3D en demi-teinte

Alors que Sonic s’essaye à la 3D avec Sonic 3D Flickies’ Island, les critiques tombent et annoncent un destin plus sombre au jeune hérisson à qui tout réussissait. Tandis que le jeu met de côté une expérience à défilement latéral pour un système de jeu en vue isométrique avec des sprites en 3D précalculée, plus rien ne semble laisser l’impression de jouer à un jeu Sonic. Si le jeu introduit les flickies, tirés du jeu éponyme Flicky de 1984 (clin d’oeil donc très sympa pour son sentiment d’univers étendu), ce passage à la 3D est terriblement mou. Aucun sentiment de vitesse. Des mondes vides. Une impression de répétitivité sans nom. Le jeu est un échec.

Heureusement pour la mascotte, son temps sur Mega Drive est révolu. Sonic débarque alors de 1998 à 2003 sur une toute nouvelle génération de consoles avec la Dreamcast, la GameCube, le PC, etc. On retrouve alors le protagoniste dans Sonic Adventures qui fait l’emphase sur l’histoire. Profitant d’un nouveau gameplay, orienté jeu de plateforme, Sonic retrouve une nouvelle forme. Et les critiques sont au rendez-vous, tout comme les ventes. Hors adaptations, le jeu s’est vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires à travers le monde, soit le jeu le plus vendu sur Dreamcast. Fort d’un monde en presque open world très complet, d’une 3D réussie, d’un univers coloré, de mondes bien construits et de boss très réussis comme Gamma, la flaque d’eau. Sonic Adventures introduit également ce qui pour certains était l’une des meilleures idées du titre : les Chaos, sortes de petits animaux de compagnie dont Sonic doit s’occuper à travers différents jardins.

La formule Adventures est renouvelée avec l’excellent Sonic Adventures 2 puis Sonic Adventures 2 : Battle qui fait encore, pour moi, office de référence du genre. Au-delà de l’aventure ultra-complète, de niveaux très bien réalisés, des différents modes de jeu : run, combats, courses et j’en passe, le jeu offre des dizaines d’heures de jeu. Cette durée de vie est d’ailleurs repoussée grâce à la réutilisation des Chaos et des jardins, très réussis. Mais Sonic Adventures 2, c’est surtout l’arrivée d’un nouveau personnage, d’un nouvel antagoniste au charisme fou : Shadow, créé 50 ans plus tôt par le professeur Gérald Robotnik, le grand-père d’Eggman. Pourvu d’une jeunesse éternelle et d’une grande force brute, il court à la même vitesse que Sonic grâce à des patins propulsant de l’air. Shadow est sombre, violent, impulsif et très mystérieux, ce qui en fait un méchant idéal. Le personnage est tellement cool qu’il a d’ailleurs le droit en 2005 à son propre jeu, toujours aux côtés des personnages de la série. Le jeu est un vrai succès commercial avec plus de 2,07 millions d’exemplaires vendus.

Sonic et la next-gen : je t’aime, moi non plus

Alors que Sonic est plutôt au top, l’arrivée d’une nouvelle génération de consoles annonce malheureusement des suites plus compliquées. En effet, alors que la PlayStation 3 et la Xbox 360 viennent de sortir, SEGA présente un nouveau Sonic the Hedgehog (2006). Malgré un trailer pour l’époque SU-BLIME, le jeu est une catastrophe manette en mains. Injouable, doté d’une caméra stupide et posé dans un monde a priori enchanteur, Sonic se retrouve perdu dans un monde très, très vide. Au-delà de son gameplay raté, ce sont les temps de chargement qui vont réellement agacer le joueur. Comptez plusieurs minutes pour pouvoir jouer et des chargements nécessaires entre chaque zone. Clairement, les joueurs passent plus de temps à attendre qu’à jouer. D’autant plus qu’à cause de son gameplay aux fraises, le titre se rapproche parfois plus de die and retry à la sauce Soul que d’un bon vieux Sonic dynamique et agréable à maîtriser. Pour tous les fans de la mascotte SEGA, c’est la douche froide. On peut le dire, en 2006, le Sonic tel qu’on l’avait connu était mort.

À partir de Sonic the Hedgehog (2006), SEGA tente désespérément l’impossible pour faire aimer à nouveau son égérie. Sonic s’acoquine dès lors avec Nintendo, son rival d’un ancien temps, pour organiser les Jeux olympiques. Toutefois, cette série de jeux reste assez qualitative pour ne pas lui taper dessus.

Mais qu’a-t-on fait vivre à ce pauvre hérisson…

Sonic, de son côté, subit alors un nombre incalculable de transformations. Il a d’ailleurs eu différents designs, pas toujours réussis. Côté univers, c’est le même constat. D’abord, il est balancé dans les contes des Mille et une Nuits dans Sonic & the Secret Ring. Puis, décidé à totalement travestir son icône, SEGA va jusqu’à transformer son égérie en loup-garou dans Sonic Unleashed. Il est aussi envoyé dans les légendes arthuriennes dans Sonic et le Chevalier Noir. Il croise, par la suite, la route d’extra-terrestres dans Sonic Colours (plutôt bien reçu par la critique). Ces différents jeux sont malgré tout globalement des succès commerciaux.

En parallèle, comme bien consciente de faire vivre à son hérisson les pires affronts (un loup-garou quand même…), SEGA offre aux joueurs un Sonic the Hedgehog 4 découpé en deux parties, sorte d’ode aux anciens jeux et aux fans. C’est également ce qu’a tenté le studio avec Sonic Generations pourtant assez réussi, qui propose un gameplay parfois en 3D, parfois en 2D en mixant une version moderne et une version retro.

Ce n’est pas tout puisqu’en 2017, SEGA sort Sonic Mania visant à offrir une nouvelle expérience résolument orientée retrogaming en 2D. La même année sortait Sonic Forces qui introduisait la possibilité de créer son propre personnage. Les deux jeux sont plutôt bien reçus mais n’offrent pas pour autant la rédemption tant attendue par les fans de la première heure du petit hérisson bleu.

Quel avenir pour Sonic ?

Depuis 2017, le hérisson n’a pas vraiment eu de grosse sortie gaming. Je me permets de ne pas compter le remaster Sonic Colours Ultimate prévu pour le 7 septembre 2021 sur consoles current et next-gen : Nintendo Switch, PS4, PS5, Xbox One, Xbox Series et PC.

Je ne vais pas non plus revenir sur la récente sortie du film Sonic, le film… Malgré un souhait louable de faire découvrir la mascotte SEGA à un public plus jeune, le film n’en reste selon moi qu’une expérience fade. Si SEGA avait tenté un coup plutôt intelligent avec son univers Sonic Boom qui combine jeu vidéo et série TV, l’idée d’avoir un univers étendu pour toucher une cible plus large me semblait très pertinente (et je vous dis ça alors que j’étais assez allergique aux nouveaux character designs…). J’ai l’impression qu’avec son récent film, SEGA aurait pu tenter de relancer sa licence, mais en vain.

Si j’attends toujours, probablement comme de nombreux autres fans du hérisson bleu, un nouvel horizon dans lequel notre personnage préféré puisse s’épanouir, le doute commence plus que sérieusement à s’installer. L’espoir d’un vrai bon jeu semble de plus en plus devenir un fantasme irréalisable. Pourtant, pour les 30 ans du personnage, SEGA vient de dévoiler un nouveau titre, Sonic Rangers, dans lequel le héros serait plongé dans un monde ouvert non sans rappeler The Legend of Zelda: Breath of the Wild, au style RPG donc. Personnellement, si SEGA pouvait ne serait-ce que nous permettre de retrouver une expérience proche de celle des titres Dreamcast, ce serait pour moi un réel soulagement.

Hadrien JACOBEE

http://hadrienjacobee.com

Sith du web et fier Rédacteur en Chef de My Geek Actu. Passionné par les univers video-ludiques, les comics DC et les mangas. En gros.

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