REVIEW – Moriarty the Patriot

CATCH ME IF YOU CAN
3

En deux mots :

Moriarty the Patriot est un anime distrayant, soigné et propre, mais qui souffre de bien vilains défauts dans le développement de son intrigue et de ses personnages.

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Moriarty, Moriarty the Patriot, ou encore Yūkoku no Moriarty, est un manga de type shōnen sorti en 2016 au Japon, mis en scène par Takeuchi Ryosuke (ST&RS, All You Need Is Kill) et Miyoshi Hikaru (Psycho-Pass – Inspecteur Akane Tsunemori). La série, inspirée des récits rocambolesques d’Arthur Conan Doyle, a connu un succès retentissant aussi bien dans son pays d’origine qu’en France, où elle est publiée depuis 2018 aux éditions Kana. Sans grande surprise, une adaptation anime du manga est rapidement annoncée : la première saison de Moriarty the Patriot est lancée à l’automne 2020. Celle-ci est disponible en VOSTFR sur la plateforme de streaming Wakanim.

Moriarty et ses plans diaboliques

Le pitch

Au 19ème siècle, tandis que la révolution industrielle se poursuit, l’Angleterre étend sa puissance et sa gloire. Cependant, malgré le progrès et le développement technologiques, le système de classes en place depuis des siècles reste inchangé, et le pays est contrôlé par les nobles, qui ne représentent pas même 3% de la population. Les nobles profitent de leur position privilégiée comme si cela allait de soi. Les classes inférieures ignorent de quoi leurs lendemains seront faits. Les gens vivent prisonniers du statut qu’ils ont à leur naissance. William James Moriarty décide de passer à l’action pour détruire le système de classes corrompu et créer le pays idéal.

Noblesse oblige

Ayant adoré les premiers tomes de Moriarty, j’étais impatiente de découvrir l’anime. À cette occasion, me revoilà plongée dans l’Angleterre victorienne mais cette fois, d’une manière inédite. En effet, ceux qui ont lu le manga comme moi, seront décontenancés par le premier épisode. Celui-ci prend la forme d’un filler, d’une histoire parallèle qui n’est nullement mentionnée dans l’oeuvre originale. Mais après tout, pourquoi pas, cela ne gêne en rien la compréhension du récit.

En tout cas, le spectateur est mis directement dans le bain (de sang hohoho) et fait face aux ambitions des frères Moriarty, en particulier à celles de William. Lesquelles ? Tout simplement celles de créer un monde plus juste, notamment en réorganisant le système des classes et la caste de la noblesse. Et quoi de mieux pour cela que d’éradiquer les “individus toxiques” de cette dernière ? Un peu radical, c’est vrai, mais n’oublions pas que l’on parle ici du némésis de Sherlock Holmes. Petit à petit, l’univers crée par Arthur Conan Doyle se dévoile sous un nouveau jour et surtout, avec un regard différent : celui du “méchant”.

Albert et William

Cette perspective est alléchante d’autant que parmi les nombreuses adaptations ou revisites des aventures de Sherlock Holmes, aucune d’entre elles ne se place du point de vue de Moriarty. Ici, le consultant du crime, William, apparaît comme un mélange entre Light Yagami et Lelouch Lamperouge, soit un anti-héros dont les actions discutables lui semblent nécessaires pour bâtir un monde meilleur.

Si William est décrit comme une personne brillante et charismatique à souhait, il demeure frustrant que ses deux frères, Albert et Louis, soient mis en retrait dans cette adaptation anime. Tous les deux ont leur rôle à jouer dans le plan à grande échelle de William, et pourtant, même le colonel Moran semble plus présent à l’écran qu’eux. Et c’est encore plus flagrant à l’arrivée du mythique Sherlock Holmes en personne. C’est simple : depuis son apparition, on ne voit plus que lui, voire même plus que Moriarty qui est quand même censé être le personnage principal ! Néanmoins, le duo fonctionne bien et leurs affrontements psychologiques sont toujours plaisants à suivre.

Un mal pour un bien

Moriarty contient quantité de bonnes et de mauvaises choses. Le scénario, dans l’ensemble, est intéressant même si quelques libertés ont été prises par rapport à l’oeuvre originale. À titre d’exemple, la mort de la mère d’Albert et du véritable William diffèrent du manga et certains passages, comme dans de nombreuses adaptations, disparaissent. Mais en réalisant l’anime, le studio Production I.G, qui a produit entre autres Ghost in The Shell, Neon Genesis Evangelion, L’Attaque des TitansHaikyû !!, Blood + et j’en passe, a fait des choix scénaristiques qui ont entravé la qualité de l’oeuvre originale.

S’il fallait décrire cette adaptation en quelques mots, ce serait ceux-ci : le manque de subtilité. À commencer par son schéma narratif redondant et plutôt prévisible dans son ensemble, se basant sur le concept de l’arroseur arrosé dans tous les “plans” de William. Ainsi, on devine assez facilement le sort qui attend le noble criminel, sans que le spectateur ait vraiment à se creuser la cervelle. En parlant de noble criminel, je reste perplexe sur la représentation manichéenne de la noblesse présente aussi bien dans le manga que dans l’anime. Dans les deux supports, on constate que la plupart (à hauteur de 99% environ) des nobles que rencontre William sont tous des personnes sans scrupules qui méprisent les classes inférieures à la leur, quitte à leur faire subir des sévices. On ne va pas dans la demi-mesure.

Moriarty, un génie du mal

Malgré tout, il faut reconnaître que cette adaptation anime est une réussite sur les plans visuel et sonore. L’opening annonce directement la couleur et est en parfaite adéquation avec l’ambiance inquiétante presque “halloweenesque” de Moriarty the Patriot. Le chara-design, quant à lui, ressemble à s’y méprendre à celui du manga, même s’il est toujours étonnant de faire face à un Moriarty jeune beau et élégant, qui n’est pas dépeint de la même façon par Arthur Conan Doyle.

Si l’animation et la mise en scène sont soignées et réalisées avec brio, ce qui marque visuellement le spectateur, c’est sans doute le jeu des couleurs notamment à travers les yeux des personnages. Les regards sont marquants, saisissants, et confèrent un pouvoir d’attraction aux protagonistes, particulièrement William.

Mon avis sur Moriarty the Patriot

Adepte des histoires se situant à l’époque victorienne, je ne pouvais qu’accrocher à Moriarty. J’ai effectivement bien aimé le manga. En revanche, c’est moins le cas concernant son adaptation. En tant qu’anime “original”, peut-être aurais-je apprécié celui-ci en dépit de ses défauts. Mais le manque de subtilité souligné plus haut se révèle tout de même gênant pour un anime qui se veut intelligent.

Néanmoins, Moriarty the Patriot demeure un bon divertissement, qui parvient à rendre presque attachant un antagoniste phare de la littérature, et à la mise en scène immersive et efficace. J’attends désormais de voir la suite, en avril prochain, et notamment l’arrivée de deux “nouveaux” personnages : les iconiques Mycroft Holmes et Irene Adler.

Anna LESBROS

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